Santé
Que manger avant, pendant et après une séance
La nutrition sportive se résume, pour un pratiquant amateur, à trois questions concrètes : quoi manger avant, faut-il s’alimenter pendant, et que faire après. Le reste relève de détails qui ne changeront rien à vos séances.
Il circule sur ce sujet une quantité de recommandations précises, chiffrées, et souvent contradictoires. La réalité est plus simple : trois principes couvrent l’essentiel, et la marge d’adaptation individuelle est bien plus large que ce que laissent croire les tableaux.
Rien de ce qui suit ne remplace un avis médical ou diététique, particulièrement en cas de pathologie, de traitement, ou de trouble digestif récurrent. Les repères donnés s’adressent à un sportif amateur en bonne santé.
Avant l’effort : être disponible
L’objectif n’est pas de faire le plein mais d’arriver sans gêne digestive et sans sensation de faim. Ces deux contraintes tirent dans des sens opposés, et le bon compromis dépend surtout du délai.
Le délai, variable individuelle
Un repas complet demande généralement trois heures pour être digéré confortablement. Une collation légère, une à deux heures. Mais ces valeurs varient énormément : certains courent une heure après un repas sans aucune gêne, d’autres ont besoin de quatre heures.
La seule méthode fiable consiste à tester à l’entraînement en notant ce qui passe. C’est aussi la raison pour laquelle rien ne doit être essayé le jour d’une épreuve, principe que nous rappelons dans notre guide pour préparer un premier marathon.
Que privilégier
Des glucides digestes, peu de graisses, peu de fibres, et une quantité modérée. Les graisses et les fibres ralentissent la vidange gastrique, ce qui est exactement ce que l’on veut éviter avant un effort. Ce n’est pas un jugement sur leur intérêt nutritionnel, seulement une question de timing.
La séance du matin
Pour une sortie facile de moins d’une heure, partir à jeun ne pose généralement aucun problème. Au-delà, ou dès que la séance comporte de l’intensité, un apport glucidique léger améliore nettement la qualité du travail : une banane, quelques biscuits, une boisson sucrée.
Courir systématiquement à jeun avant des séances intenses revient à dégrader précisément les séances qui font progresser, sujet abordé dans notre guide pour améliorer sa VO2max.
Pendant l’effort : à partir de quand
En dessous d’une heure, la question ne se pose pratiquement pas. Les réserves de glycogène suffisent largement, et s’alimenter n’apporte rien.
Entre une et deux heures, un apport devient utile si l’intensité est soutenue. Au-delà de deux heures, il devient nécessaire : c’est ce qui repousse le moment où les réserves s’épuisent, phénomène que les coureurs appellent le mur.
La quantité et la forme
Ce qui compte est la quantité de glucides absorbée par heure, pas la forme sous laquelle elle arrive. Gel, boisson, barre, fruits secs : chacun a ses partisans, et la tolérance digestive tranche plus sûrement que la théorie.
Une règle pratique : commencer tôt et fractionner. Attendre la sensation de faiblesse revient à intervenir vingt minutes trop tard, l’absorption n’étant pas instantanée. Sur un effort long, prendre un peu toutes les vingt à trente minutes fonctionne mieux qu’une prise unique importante.
Le lien avec l’hydratation
Les deux se gèrent ensemble, ce qui explique le succès des boissons combinant eau, glucides et sodium. Attention toutefois à la concentration : une boisson trop concentrée ralentit la vidange gastrique et provoque des troubles digestifs, cause la plus fréquente des problèmes rencontrés en course. Les repères correspondants figurent dans notre guide de l’hydratation du sportif.
Après l’effort : la journée entière compte
La fenêtre de récupération souvent évoquée est réelle mais nettement moins étroite qu’on ne le prétend. Pour un pratiquant qui s’entraîne une fois par jour, ce qui compte est que l’ensemble de la journée couvre la dépense, pas ce qui est ingéré dans les trente minutes.
Manger rapidement présente un intérêt réel dans deux situations : quand deux séances sont rapprochées, et après un effort très long ayant fortement entamé les réserves. En dehors de ces cas, un repas normal dans l’heure ou les deux heures suffit.
Glucides et protéines
Les glucides reconstituent les réserves, les protéines soutiennent la réparation des tissus. Un repas ordinaire contenant les deux remplit la fonction sans qu’il soit nécessaire de calculer quoi que ce soit.
L’intérêt des protéines augmente avec l’âge et avec la présence de renforcement musculaire dans la semaine, comme nous l’évoquons dans notre guide du renforcement pour le coureur.
L’erreur la plus fréquente
Ce n’est pas de mal manger, c’est de manger trop peu au regard de ce que l’on dépense. Un déficit installé se traduit par une fatigue persistante, des séances qui n’avancent plus, un sommeil de moins bonne qualité et une sensibilité accrue aux blessures.
Ce mécanisme est d’autant plus insidieux qu’il progresse lentement et que l’on attribue souvent ses effets à l’entraînement lui-même. Les signaux d’alerte sont détaillés dans nos pages santé et nutrition, et ils précèdent toujours la baisse des performances.
Ce qui ne change presque rien
Trois préoccupations fréquentes méritent d’être relativisées.
Le timing exact des apports, à quelques dizaines de minutes près, pour quelqu’un qui s’entraîne une fois par jour. La répartition précise entre macronutriments, tant que l’apport global est suffisant et l’alimentation variée. Et les compléments, qui ne corrigent qu’un manque identifié et ne remplacent rien, comme le rappelle notre guide du sommeil et de la récupération pour l’autre grand levier de la récupération.
Les cas particuliers
Deux séances dans la journée
C’est la situation où le timing devient réellement important. L’apport glucidique immédiatement après la première séance conditionne la qualité de la seconde, le délai de reconstitution des réserves étant limité.
Les efforts par forte chaleur
L’appétit diminue souvent après une sortie éprouvante par temps chaud, alors même que les besoins sont élevés. Privilégier des apports liquides ou semi-liquides facilite la reconstitution, sujet abordé dans notre guide pour courir par forte chaleur.
Les régimes restrictifs
Réduire fortement les glucides tout en maintenant un volume d’entraînement élevé dégrade en premier la qualité des séances intenses. C’est un choix qui se discute avec un professionnel de santé plutôt qu’il ne s’improvise, en particulier chez une personne qui s’entraîne plusieurs fois par semaine.
Le confort digestif, sujet à part entière
Les troubles digestifs en course concernent une part importante des pratiquants d’endurance, et ils gâchent plus d’épreuves que le manque d’entraînement. Trois causes dominent, et toutes se corrigent.
La première est une boisson trop concentrée, qui ralentit la vidange gastrique. Diluer davantage règle la plupart des cas. La deuxième est un apport trop important pris d’un seul coup : fractionner améliore nettement la tolérance. La troisième est un repas trop riche en graisses ou en fibres dans les heures précédant l’effort.
Cela se travaille
La tolérance digestive à l’effort s’améliore avec l’habitude. Un système digestif régulièrement sollicité pendant la course s’adapte, exactement comme les muscles s’adaptent à la charge. C’est une raison supplémentaire de s’alimenter dès les sorties longues d’entraînement plutôt que de réserver cette pratique aux compétitions.
Adapter selon le moment de la journée
Une séance à midi, après un repas léger pris deux heures avant, ne pose pas les mêmes questions qu’une sortie à vingt heures après une journée complète d’alimentation. Dans le premier cas, la question est celle du délai ; dans le second, celle du repas du soir, qui arrive après.
Pour une séance tardive, dîner après plutôt qu’avant fonctionne mieux chez la plupart des gens, avec une collation légère en fin d’après-midi pour ne pas partir affamé. Le repas post-séance couvre alors naturellement la reconstitution, et le sommeil n’est pas perturbé par une digestion lourde, point développé dans notre guide du sommeil et de la récupération.
En pratique
Trouvez votre délai personnel avant l’effort en le testant, plutôt qu’en appliquant une règle. Alimentez-vous pendant les efforts dépassant deux heures, tôt et par petites quantités. Assurez-vous que la journée couvre la dépense, plutôt que de surveiller les trente minutes qui suivent la séance.
Et testez tout ce que vous comptez utiliser en compétition à l’entraînement, plusieurs fois, dans les mêmes conditions. C’est le conseil le plus banal de la nutrition sportive, et celui dont l’oubli gâche le plus de courses.